Le Liberté La saison

Immigrés de force

Salle Daniel Toscan du Plantier

Conférence de Pierre Daum, historien et journaliste


Entrée libre - réservation conseillée

Co-voiturage

Après soixante-dix années de silence, voici révélée une page enfouie de l’histoire coloniale en Indochine : l’utilisation, dans des conditions proche de l’esclavage, d’une main d'œuvre « indigène » sur le sol français. Déjà, en 2006, le film Indigènes de Rachid Bouchareb avait révélé un aspect peu connu de l’utilisation des peuples colonisés comme tirailleurs lors de la Seconde Guerre. Or, à cette époque, la France n’avait pas seulement besoin de soldats, mais aussi d’ouvriers, afin de remplacer dans les usines d’armements les Français mobilisés. Pour les travaux les plus pénibles, ceux du maniement des poudres, la France fit venir 20 000 paysans indochinois de sa lointaine colonie d’Extrême Orient. Recrutés pour la plupart de force, débarqués à la prison des Baumettes à Marseille, ces hommes furent répartis à travers la France dans les entreprises relevant de la Défense nationale. Bloqués en Métropole pendant toute la durée de l’occupation allemande, logés dans des camps à la discipline très sévère, leur force de travail fut louée pendant plusieurs années par l’État français à des sociétés publiques ou privées – on leur doit notamment le riz en Camargue – sans qu’aucun réel salaire ne leur soit versé. Ce scandale se prolongea bien après la Libération. Renvoyés vers le Vietnam au compte goutte à partir de 1946, ce n’est qu’en 1952 que les derniers de ces hommes purent enfin revoir leur patrie. Deux à trois mille d’entre eux firent le choix de rester en France. Mariés à des Françaises, ils constituent la première vague de la présence vietnamienne dans l’Hexagone. Après trois années d’enquête depuis les banlieues de Paris et de Marseille jusqu’à Hanoi et aux villages les plus reculés du Vietnam, Pierre Daum a réussi à retrouver vingt-cinq des derniers acteurs encore vivants de cette page si peu « positive » de l’histoire coloniale française en Indochine. C’est leur récit qu’il nous restitue, dans une conférence illustrée de nombreuses images d’archive.

Journaliste, ancien correspondant de Libération en Autriche, PIERRE DAUM a aussi collaboré à plusieurs journaux européens : Le Monde, L’Express, La Libre Belgique, La Tribune de Genève... De retour en France en 2003, il devient correspondant de Libération en Languedoc-Roussillon. En 2009, Actes Sud publie sa première enquête historique, Immigrés de force, les travailleurs indochinois en France (1939-1952), qui révèle l’utilisation forcée de 20 000 paysans vietnamiens dans les usines d’armement de métropole, mais aussi dans la relance de la riziculture de Camargue. Le livre est préfacé par Gilles Manceron, grand historien de la colonisation française. Immigrés de force a été adapté au cinéma par le réalisateur franco-vietnamien Lam Lê dans Công Binh, la longue nuit indochinoise, sorti en 2013. En octobre 2014, un Mémorial national aux travailleurs indochinois a été inauguré en Camargue. En 2015 sort un second film adapté d’un épisode du livre : Riz amer (France 3, 52 min), réalisé par Alain Lewkowicz. Un troisième film sort en 2017, Une histoire oubliée, réalisé par Ysé Tran (France 3, 52 min). Fin 2017, le dessinateur Clément Baloup publie Linh Tho – Immigrés de force (éditions La Boite à bulles), qui raconte en bande dessinée l’enquête de Pierre Daum sur les travailleurs indochinois. En janvier 2012, Pierre Daum publie chez Actes Sud (puis chez Média Plus à Constantine) Ni valise ni cercueil, les Pieds-noirs restés en Algérie après l’indépendance, avec une préface de Benjamin Stora. Ce livre révèle une autre page enfouie de l’histoire coloniale française. Alors que tout le monde pensait que tous les Pieds-noirs (c’est-à-dire les Français d’Algérie) avaient quitté leur pays en 1962, Ni valise ni cercueil décrit la vie de 200 000 d’entre eux qui ont choisi de vivre dans l’Algérie indépendante. En Avril 2015 parait chez Actes Sud une nouvelle enquête sur un sujet très sensible, en France comme en Algérie : Le dernier tabou, les « harkis » restés en Algérie après l’indépendance. Un an plus tard, en mars 2016, l’ouvrage est publié en Algérie par les éditions Koukou. Parallèlement à ses travaux de recherches sur le passé colonial de la France, Pierre Daum effectue régulièrement des grands reportages pour Le Monde diplomatique.

En partenariat avec les librairies Charlemagne.