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Transidentité : enjeux de lutte dans une société binaire

Conférence

mardi 30 avril
19h30

Les luttes trans ne se limitent pas à revendiquer la reconnaissance d’une existence et de droits. La politisation des mouvements transgenres est aussi peu connue et remonte aux années 1990 dans plusieurs pays du monde, parallèlement à l’émergence des transgender studies américaines menées par des universitaires et activistes trans. En France, l’évolution est plus lente, mais comme ailleurs, une partie du mouvement trans s’engage à mettre le feu à l’institut de beauté en contestant l’ordre des genres, en identifiant les effets de la binarité, notamment dans les dispositifs de construction de féminités et de masculinités normées.
La contestation de l’ordre des genres s’inscrit dans la pensée féministe et les refus d’adhésion au système sexe-genre sont autant de refus de cautionner une société perçue comme sexiste et inégalitaire, mais aussi homophobe et xénophobe. Les militances trans ne se limitent pas à leur propre cause et de fait elles deviennent des multi-militances, car pour comprendre la binarité, il faut appréhender le patriarcat et ses effets. La pensée transféministe, qui se dessine aussi dans la perspective de la convergence des luttes, estime que l’on ne peut pas aborder la situation des personnes, et des femmes en particulier, sans aborder également leur classe, leur « race », leur sexualité, leur capacité, et tous les autres aspects de leur identité et de leurs expériences. La société ne cesse d’interroger les troubles que les personnes trans causent au monde des hommes et des femmes, mais elle s’interroge moins sur ce que la binarité exerce comme (op)pressions sur les personnes trans.

Karine Espineira est sociologue des médias, docteure en Science de l’information et de la communication de l’Université de Nice Sophia Antipolis, membre associée du Laboratoire d’études de genre et de sexualité, Université Paris 8 Vincennes Saint-Denis. Ses recherches portent sur les constructions médiatiques des transidentités, les modèles de genre dans les médias et les politiques transféministes. Elle est l’auteure d’articles dans des revues scientifiques en France, au Canada et aux États-Unis. Elle a publié, entre autres ouvrages : Transidentités : Ordre & panique de Genre. Le réel et ses interprétations (L’Harmattan, 2015) ; Médiacultures : La transidentité en télévision. Une recherche menée sur un corpus à l’INA - 1946-2010 (L’Harmattan, 2015) ; La Transidentité, de l’espace médiatique à l’espace public (L’Harmattan, 2008). Elle est cofondatrice, avec Maud-Yeuse Thomas, de l’Observatoire des transidentités et de la revue Cahiers de la transidentité (2012-2016). Outre son inscription académique, ses engagements pour les droits des personnes trans l’ont conduit à s’investir dans l’associatif trans des années 1990 et 2000 et comme membre de la coordination de la campagne internationale Stop Trans Pathologization (2011-2018).

En partenariat avec les librairies Charlemagne.